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Mémoire intime?
Face à face avec moi-même, dans mon atelier, dans mon travail de peintre, je prends conscience de
l’intimité qui m’attache à chacune de mes toiles. Cet état d’esprit qui vous permet de baisser des barrières et d’accepter le regard de l’autre posé sur soi, ou plutôt sur le
résultat……Ou bien est-ce un leurre ? Y a-t-il quelqu’un d’autre que moi sur ces toiles ? Ne serait-ce pas un miroir qui ne projette que mon propre regard ? L’intime conviction de ma
solitude… Mon premier souvenir d’intimité remonte à ma petite enfance, cinq ou six ans, rue des «Sources», salle de bain, premier étage : plusieurs femmes, mère, tantes, grand-mère en pleine «offrande» de leur nudité et moi posée là, qui contemple. Les corps, la grâce, couvert de mots inaudibles à mon oreille d’enfant, et ce sentiment d’intimité qui m’enveloppe d’une protection vaporeuse et perlée de buée chaude. Je me souviens des pauses, des murs, du panier de serviettes humides où je planquais des trésors chippés à la cuisine. Il y a une lumière orangée, diffuse, accentuée par un carrelage chair qui projette sur les corps et visages une teinte surréaliste théâtralisant les pauses que je garde en mémoire….Et cette écume, présente à chaque rebords comme une photographie mal fixée bouffées aux coins par la chimie déformante qui empêche ma vision de retenir plus d’un visage à la fois. Ces détails qui plus on s’approche plus ils se disloquent et deviennent brouillard. L’indifférence teintée de malice de mes « mères » quand à ma présence me place en intruse tolérée, me projetant en spectatrice de cette scène quotidienne et pourtant chargée de secrets. Un moment dans la vie intime de ses femmes où elles m’ont enveloppées, transportées, données ce souvenir fragile et clair. Une bouffée de plénitude et d’interrogation que je retrouve presque au son rythmé de mes coups de brosses…. Mais où est la salle de bains ? Où est l’instant précieux … Je me réveille sur la couverture râpeuse de l’atelier, l’œil trouble, tirée du sommeille par des personnages les yeux rivés sur moi, et j’entends presque le gargouillis de l’eau qui s’échappe de la baignoire… Mai 2009 / J. Mackay |
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